samedi 24 juin 2017

Le cadavre pédale encore


La littérature cycliste sent facilement la naphtaline. Comme si son âge d'or ne pouvait que concorder avec un passé héroïque mais révolu. Aujourd'hui, on reproche souvent au cyclisme d'être mécanique. L'approche scientifique et technique du sport l'aurait aseptisé, le privant de tout panache. Les coureurs seraient des robots téléguidés via l'oreillette. Des pions sans vision stratégique et vides de tout esprit tactique. Alors forcément ce cliché ne laisse guère de place au rêve. Les plumitifs peinent à forger leurs mythologies. Personnellement, je trouve symptomatique et inquiétant que notre époque invoque le spectre d'Antoine Blondin à tout bout-de-champ en guise d'exemple de belle écriture sur la vélo. Permettez moi de penser qu'au sortir de la guerre, il aurait du rejoindre pas mal de monde dans les poubelles de l'histoire. Je ferme la parenthèse.

Olivier Haralambon va fortement déplaire aux nostalgiques. Il déboule avec un extraordinaire recueil de textes sur le cyclisme contemporain qui s'avale plus vite qu'une étape de plaine et qui prouve que le cyclisme professionnel n'est pas réductible à un spectacle machinal. Cet écrivain, au passé de coureur cycliste, dépeint un cyclisme charnel pour ne pas dire érotique. Il aura fallu attendre tout ce temps pour que quelqu'un rappelle une évidence : le cycliste sent d'abord la route avec la partie la plus charnue du corps, le cul. Explication triviale mais non dénuée de sensibilité. Il dissèque un peloton plus proche du banc de poissons que d'une armée en marche. Il pose un regard tendre sur ces corps façonnés par les kilomètres et meurtris par les chutes et les privations. Il guette avec appétit les signes ténus qui distinguent un coureur qui a du style de ses camarades. Il soutient avec beaucoup de conviction que la performance se vit plus qu'elle ne se mesure. Pour faire bref, un cyclisme orgiaque avec de grandes jouissances baignées de soleil mais aussi les vomis au bout de la nuit. A prendre ou à laisser.

Le propos est servi par une écriture sensuelle et précise qui navigue entre souvenirs d'enfance, pensées philosophiques et poésie brute : « J'ai sué, pleuré, craché, ri, joui, bavé, saigné parfois, sur l'asphalte et la campagne. J'ai violemment aimé le vélo et la course cycliste parce qu'ils m'ont donné une forme de confiance dans l'immensité sans fond de la vie, dans la verticalité du temps. Sans lui, sans eux, je n'aurai jamais eu le moindre sentiment de l'éternité – d'une éternité non pas mythologique, mais vécue. »

Il est toujours rassurant de constater que le cyclisme, pas plus que sa littérature ne sont morts.

Olivier Haralambon, Le coureur et son ombre, Premier Parallèle, 2017.

jeudi 22 juin 2017

OuCyPo

Frigidaire, mobylette, poubelle sont des antonomases bien connues. Il en existe une en matière de cyclisme : guidoline. Autrement appelé ruban de cintre, cette petite bande autrefois en coton tressé, parfois en cuir, le plus souvent aujourd'hui en matière synthétique sert à amortir  les vibrations, à garantir une bonne prise en main du cintre. C'est enfin un accessoire de décoration du vélo qui en dit souvent beaucoup sur la relation entretenue par un propriétaire à son vélo. Guidoline est une marque déposée (depuis 1950) de l'entreprise Velox.

Le billet de ce jour ne concerne pas les droits afférents au dépôt d'une marque. Ces derniers mois, j'ai compilé quelques approximations de langage. Je vous propose donc quelques substantifs du subsitution qui me sont tombés dans l'oreille grâce à des client-e-s. J'ai l'esprit fantasque mais je tiens à affirmer que je ne les ai pas inventés.

Guidonline : une lettre de plus qui ne change pas grand-chose d'un point de vue prononciation même si le terme devient plus épais à mon goût. Je propose donc qu'on réserve guidonline pour les cintre de gros diamètre dits oversize.

Gainedoline : légère confusion entre la gaine et le guidon. Il est vrai que sur les vélos de route contemporains la gaine est masquée par la guidoline. La gainedoline est par conséquent un produit confiné au cyclisme sur route post 1990, date à partir de laquelle se généralisent les cocottes combinant freins et vitesses.

Gaydoline : ce serait une bonne idée que de revoir le maillot de champion du monde et de le mettre aux couleurs de l'arc-en-ciel. Peut-être que cela ferait évoluer positivement les mentalités dans un peloton très hétéronormé. Par contre un ruban de cintre arc-en-ciel donnera probablement le tournis au daltonien que je suis.

Gwendoline : la version bretonnante du ruban de cintre ?

Il y avait l'OuLiPo, il faut désormais compter avec l'OuCyPo : Ouvroir d'un Cyclisme Potentiel.

samedi 17 juin 2017

Seb c'est bien

C'est pas souvent qu'on propose des concerts au "21", comme c'est petit chez nous on privilégie les formules compactes. Seb c'est un groupe de rock qui tient dans une valise et il n'a même pas besoin de feux d'artifices et d'envol de colombes pour que ses apparitions laissent un souvenir impérissable.

N'oubliez pas de bien dormir la veille parce que la nuit va être épique !

jeudi 15 juin 2017

Petit vélo

Il y a fort peu de temps que je connais l'existence d'un cocktail nommé "petit vélo". Comme ce blog nourrit des visées encyclopédiques, je me vois dans l'obligation de vous fournir la recette. Je te tiens néanmoins à dire que je ne l'ai pas testée. Si vous sortez aveugles de l'expérience je décline toute responsabilité.

Dans un petit verre :
-1 trait de sirop ou mieux de jus de citron
-1 dose de calvados ou d'armagnac : le courant "tradi semble pencher pour le premier, le courant "gourmet" pour le second.
-1 dose de limonade
-1 glaçon

Glouglou.

lundi 12 juin 2017

Et in Arcadia ego


Cette citation latine m'accompagne depuis longtemps, pour ainsi dire elle est ma devise, inscrite à portée de regard depuis l'établi. Je l'ai découverte en même temps qu'un tableau de Nicolas Poussin parfois titré Les bergers d'Arcadie que voilà :

Pour faire simple, l'Arcadie est un synonyme antique de paradis. Une région fabuleuse peuplée de bergers heureux : même pas rongés par l'ennui, même pas vêtus de haillons ! Un îlot de joie où de gracieuses nymphes se laissent approcher pour converser. Bref, le calme et la volupté sans le luxe. Poussin reprend ce motif classique mais tempère cette vision idyllique par l'inscription qu'il couche sur un tombeau : Et in Arcadia ego. "Même en Arcadie, moi (la mort) j'existe".

Fort récemment, je divaguais fiévreusement à vélo à travers mon Arcadie. Carte en main, je furetais en quête d'un recoin ombragé pour une sieste très attendue. Ma joie était à son comble. La Mort en a profité pour se rappeler à moi. De manière fort peu romantique en matière d'apparat. Elle n'était pas tout de noir vêtue, elle arborait un bête "top" gris. Elle portait de grandes lunettes de soleil avec un traitement "miroir" à l'effet cinématographique fort à-propos. Elle a aussi remisé sa faux. En adéquation avec notre siècle, elle l'a remplacée par une bagnole blanche tout à fait banale. Cet équipement plus contemporain lui permet néanmoins de conserver le surnom de Faucheuse. Enfin, elle était accompagnée d'une passagère à la passivité criminelle. Passons au mode opératoire qui est d'une simplicité déconcertante.

Alors que j'abordais une courte ligne droite sur une petite route de campagne, je la vois d'assez loin venir à ma rencontre. A environ deux-cents mètres de moi, la voilà qui se met à rouler à gauche, c'est à dire tout bonnement face à moi. Elle accompagne son changement de file d'un doigt collé à l'avertisseur. C'est seulement quelques mètres devant moi qu'en une brusque embardée effectuée un large sourire aux lèvres elle regagne le côté de la chaussée qui lui est dévolu. Sans attendre mon reste je m'étais précipité sur le bas-côté. De peur, de rage et d'impuissance, j'ai esquissé un demi-tour pour la poursuivre, si ce n'est en pédalant au moins avec une bordée d'insultes et les gestes qui vont de pair. Alors que je venais à la rencontre de nymphes philosophes et de bergers poètes, il aura fallu que la mort grimée en mange-merde-motorisée me rappelle qu'un jour ou l'autre elle ne blaguera pas. Par un malheureux concours de circonstances, la veille, au travail, un fourgon avait entamé une marche arrière inopinée alors que je patientais derrière, à vélo. Je me suis littéralement jeté sur le trottoir pour en réchapper. Je peux donc affirmer publiquement que j'ai bien reçu le message qui m'est adressé. Funeste mais inévitable destinée.

Passé le moment de colère, les fantasmes de torture et de meurtre, l'Arcadie et ses joyeux/ses habitant-e-s m'ont fait réviser ma métaphysique du cyclisme. J'en suis venu à la conclusion que le vélo est un exhausteur de tout. Enfourchez votre vélo, partez seul-e dans une aventure à votre dé-mesure et constatez par vous même. Ceux/celles dont la civilisation a le plus anesthésié les sens constateront a minima que le cornichon de leur sandwich est plus goûteux que d'habitude, d'autres s'étonneront de la qualité d'un silence et de l'apaisement qu'il procure, certain-e-s méditeront sur l'étroite relation entre l'espace, le temps qu'il faut pour le parcourir et la dépense d'énergie nécessaire. Bref, vous vous découvrirez cuisinier/ère, mélomane, physicien-ne, philosophe même si vous ne restez que de braves cyclistes à la merci de la première tache avinée disposant d'une caisse pourrie.

Néanmoins, voici quelques photos d'Arcadie, pour une fois non légendées.


ps : Comme je ne voudrais pas que la morbidité de certaines photos vous pousse à penser que la morosité est ma seule compagne du moment, je vous glisse une dernière photo, accompagnée d'une notice, qui prouve que je ne suis pas la moitié d'un déconneur de syndicat d'initiative. Ho merde, Homère !

 Parcourir la vallée du Lys est une petite odyssée

mardi 6 juin 2017

Mollo sur les mollets

Après des virées qui comptaient jusqu'à 400 km et qui dévorait tout notre temps libre, voici revenu le temps des rires et des chants escapades express la socquette légère.

Au programme une brève incursion dans les Mauges après une charmante errance à flancs de coteaux à la recherche du plus de dénivelé possible.

Les routes à l'échine moussue et plantée d'herbes folles ont clairement eu notre préférence.

Cette obsession de la "bande verte" implique que parfois notre pratique n'est plus à proprement parler du cyclisme sur "route".

Malgré notre petit engagement, nous avons amplement mérité les délices offerts par notre objectif du jour : une boulangerie. Oui, il est parfaitement censé de rouler 70 km pour vérifier qu'une pâtisserie est aussi bonne que dans nos souvenirs. Le goût de l'effort n'exclut pas des efforts pour goûter. Leur tarte aux fraises est proche d'un Monument du cyclisme gastronomique. Je suis à deux doigts d'instituer cette sortie en Classique de printemps. C'est moins physique que de parcourir Liège-Bastogne-Liège pour deux gaufres et un biscuit à la cannelle ou Paris-Brest-Paris pour deux croissants et un choux à la crème au beurre. Mais, quelle que soit la distance parcourue, je défends un cyclisme à visage humain et double menton.

La promenade a distillé son indispensable lot de bizarreries. Il de coutume de dire qu'un arbre cache la forêt, mais parfois il peine à camoufler un vulgaire poteau de béton.

Plus drôle, il semble que des femmes résistent de tout leur bas-ventre à l'esprit sécuritaire qui gagne les communes rurales. Vagins vigilants contre voisins vigilants : connexion (nerveuse) avec le cerveau plutôt qu'avec la gendarmerie.


Dernière surprise du jour que cette installation pour le moins étrange, vestige d'un temps ou le carburant ne valait rien. Ce n'est rien d'autre qu'un chauffage central pour champ de vigne. Une chaudière brûle du combustible, l'air est ensuite dispersé afin, théoriquement, d'empêcher les désastres du gel. Cette année, certains vignerons sont même allés jusqu'à louer des heures d'hélicoptère la nuit afin de rabattre vers le sol un air un peu plus chaud. Autant de pétrole dans mon verre ça me chafouine un peu.

Néanmoins dans les environs, il est toujours possible de boire un petit canon tout ce qu'il y a de plus naturel. Au retour, nous avons donc mis les bouchées doubles pour faire étape à Rochefort-sur-Loire et s'en jeter un dans le nouveau bar à vins baptisé Canon-Canon. Sans vouloir pousser le bouchon trop loin dans le registre promotionnel, une visite s'impose pour soutenir ce genre d'initiative à la campagne.

samedi 3 juin 2017

Acharnement mécanique

Mes fiches de réparations me servent bien souvent de mémo quand j'ai à annoncer la dure réalité. Il faut savoir dire non à l'acharnement mécanique :

vendredi 2 juin 2017

Sentier de la guerre

Malgré l'expérience, j'ai toujours autant de mal à comprendre la logique qui prévaut dans le choix d'un nom de vélo. Parfois c'est tellement incongru que je ne cherche même plus d'explication. Actuellement j'ai un vélo dont le nom semble tout droit issu du jeu du cadavre exquis tellement il sonne comme une oxymore :

Uncle Sam
 
Cheyenne

Vous conviendrez qu'il y a eu des frictions entre les deux parties. Oncle Sam n'a pas été et n'est pas toujours tendre avec les premier-e-s habitant-e-s du continent sur lequel il a mis le pied. Ce qui me surprend c'est que Gitane n'a pas clairement pris fait et cause pour Cheyenne. Les gitans sont un peu les indiens du vieux monde, non ? Dommage d'avoir loupé un hommage en forme de clin d'oeil.


lundi 29 mai 2017

Sur le Giro 1949



Ce n'est pas insulter sa mémoire d'affirmer que Dino Buzzati n'y connait rien en matière de cyclisme. Il ne cherche d'ailleurs même pas à donner le change dans ses chroniques quotidiennes du Giro 1949 publiées dans les colonnes du Corriere della Sera et compilées ici par les éditions So Lonely. Heureusement pour lui faciliter la tâche, le duel Coppi-Bartali s'impose dans toute son évidence comme le nœud dramatique de cette édition d'après-guerre. C'est un poil manichéen comme vision du cyclisme mais cela permet à Buzzati de forger un récit épique en redistribuant les rôles construits par son vénérable prédécesseur en matière de journalisme guerrier : Homère. Tout au long de son récit Buzzati va transformer les quelques 4000 km à travers la péninsule en épopée antique où Gino Il Vecchio Bartali endosse l'armure d'Hector. Fausto Coppi prend quant à lui les traits d'Achille et commence à tresser ses futurs lauriers de Campionissimo. Une telle comparaison est-elle trop solennelle, trop glorieuse ? s'interroge Buzzati. Non. Ajoute-t-il aussitôt. Avec le recul cette facilité est de toutes façons excusée quand on sait la prouesse journalistique qu'il y a à produire à chaud une chronique chaque soir après l'étape.

Cette compilation vaut surtout pour tous les à-côtés de la course décrits par Buzzati. Il a la chance de traverser l'Italie depuis la Sicile jusqu'aux Alpes et le parcours passe près de points sensibles d'un pays qui sort de la guerre et du régime fasciste. Ainsi, le passage auprès des ruines de Monte Cassino est pour l'auteur l'occasion de ranimer un instant les protagonistes de cette bataille acharnée. Soldats qui commencent déjà à sombrer dans l'oubli et qui reposent désormais côte à côte qu'elle que soit la couleur de leurs uniformes. Plus tard, le passage par Trieste, séparée depuis 3 ans du reste de l'Italie par les alliés pour en faire un état neutre, est l'occasion de souligner la joie des habitant-e-s qui pour une journée grâce au passage du Giro rejoignent le giron. Des lignes empreintes d'un patriotisme triste que je ne connaissais pas sous la plume de Buzzati.

Les à-côtés se sont aussi tout simplement la description du public qui se masse sur le bord des routes, public bigarré d'une Italie en mutation. D'une part, une Italie traditionnelle (qu'il serait trop facile de réduire à celle de Bartali) peuplée de paysan-ne-s, de boutiquier-e-s, de prêtres et moines ainsi que de la petite bourgeoisie terrienne, et plus au nord, une Italie convertie à la modernité avec sur la côte un tourisme bientôt massif et dans les terres des centres industriels qui produisent des produits de grande consommation. Une Italie qui s'enrichit et transforme les paysan-ne-s en ouvrier-e-s. Buzzati excelle à donner corps à ces multiples facettes du pays en mettant la lumière sur des acteurs de second plan, tel cet homme qui par défi s'échine à effectuer seul le parcours du Giro, ou encore cet ancien coureur qui a investi toutes ses primes de courses afin d'acquérir les instruments nécessaires à la fondation d'une fanfare digne de ce nom.

Je déplore seulement que cette édition n'ait pas été soumise comme il se doit au regard acéré d'un-e correcteur/rice. Il y a quelques fautes de frappes et surtout beaucoup de fautes d'espaces qui nuisent à la qualité de lecture.

Pour finir sur un sourire, je vous propose mon extrait préféré : Les freins grinçaient comme des chatons appelant leur mère. Difficile de faire plus évocateur.

Sur le Giro 1949, Dino Buzzati, trad. Yves Panafieu, So Lonely, 2017.

mercredi 24 mai 2017

Demi-démesure

Nous les Kurdes, on pouvait déclencher une troisième guerre mondiale pour une poule écrasée par une bicyclette ou deux gamins qui s'étaient battus pour une poignée de billes.

Les sables de Mésopotamie, Fawaz Hussain, Points

samedi 20 mai 2017

Langue vivante

Mes oreilles sont régulièrement chatouillées par les jolis lapsus qui traversent l'atelier. Cependant, ils atteignent rarement le degrés de poésie du dernier en date qui est pourtant d'une simplicité absolue.

Alors que nous discutons de certaines modifications à effectuer sur un vélo d'enfant afin d'en faciliter l'usage, nous évoquons le système de changement de vitesses. Au lieu des conventionnelles "poignées tournantes", le client me parle soudain de "tournées poignantes".

Je le rejoins sur ce point, il y a effectivement quelques dates de concerts qui pourraient me tirer des larmes de joie comme une vraie et définitive tournée d'adieux d'un certain Johnny H.

jeudi 18 mai 2017

Nuance

Il pleut. Quelqu'un franchit le pas de l'atelier, je m'approche pour engager la conversation. Cette personne me dit tout de go :
- Ecoute, j'ai une course à faire, je te laisse mon vélo.
Innocemment je demande :
-Oui, mais qu'est-ce qu'il y a à faire ?
-Rien, ne t'inquiètes pas, je reviens, comme il pleut, je te laisse mon vélo, je repasse tout à l'heure.
-... Hein !?! Mais, je suis pas un garage à vélo !

Je vous fais grâce du reste de la conversation. Tout ce que je peux dire c'est qu'un instant j'ai pensé m'être trompé de costume le matin en fouillant ma maigre garde-robe. J'étais paré à affronter une journée dans la graisse, l'huile, le cambouis et le caoutchouc alors que la livrée adéquate eût été celle-ci :

Désolé, je n'assume pas, je suis allergique aux écureuils et aux guêtres. J'adore rendre service mais je ne suis au service de personne. Nuance.

mardi 16 mai 2017

Bagnes parisiens

Visiblement Mr Clément n'était pas très regardant sur les conditions de travail de ses ouvriers comme nous le rapporte cet article mordant de La Sociale, le journal animé par Emile Pouget. La séquence des toilettes est cocasse au possible.
Encore un billet qui me tombe tout cuit dans la bouche grâce au travail de fourmis des animateurs du blog Mouvement révolutionnaire angevin.

La Sociale, n°66, 09 août 1896.

vendredi 12 mai 2017

Plus belle la nuit

Une nuit blanche sur un vélo en vaut bien une passée à errer de bar en bar. Le sentiment d'ivresse est très voisin, les cyclistes sont simplement moins expansi-f/ve-s que les pochtron-ne-s. La répétition du cycle de pédalage et le silence de la campagne invite à l'introspection en même temps qu'à une présence attentive mais discrète. Je ne vais pas pousser plus loin l'explication parce que ce billet a justement pour but de proposer cette expérience de cyclisme nocturne.

La sortie fera autour de 80 km en tout et pour tout, le rythme sera tranquille, l'idée est de pédaler régulièrement jusqu'au petit matin pour se poser un peu, manger, siester et profiter du moment. Pas besoin d'être un-e grand-e cycliste pour venir, être en forme suffira.

Pour participer, il vous faudra un vélo en bon état, avec de quoi parer à une crevaison. Un éclairage efficace est de rigueur : être vu ET voir ! La nuit, hors- agglomération, le gilet jaune est obligatoire. Evidemment vous prévoirez de quoi boire et manger un peu en route ainsi que des vêtements chauds. Toute personne qui ne collera pas à ces critères basiques sera probablement abandonnée à son triste sort au beau milieu de la nuit. Avec un peu de chance les loups ont déjà reconquis l'Anjou. Capito ?

Rendez-vous dimanche 25 juin, à 1h00 du matin, au 21, rue Maillé !

jeudi 11 mai 2017

Prends-le-cool

Excellent article de la revue Jef Klak : L'exploitation à bicyclette. Je vous laisser plonger dans cette lecture salutaire.

mercredi 10 mai 2017

Mdr

Je m'apprête à transgresser un interdit : expliquer une blague. J'ai déjà le rouge aux joues. Si cette blague doit être explicitée c'est parce qu'elle repose sur un jeu de mot technique que tout le monde n'est pas en mesure de maîtriser. Et puis, coucher par écrit ce jeu de mot lui enlève beaucoup de (tout ?) son charme. Malgré tout, vous allez découvrir une blague de mécanicien-ne ce qui est un privilège indiscutable. C'est parti pour une blague très brève qui fait pschit :

Tu chambres, tu chambres, mais à la fin tu blesses !

Voilà, je sens bien que vous allez avoir besoin de plusieurs minutes pour vous remettre du fou rire qui vous gagne. Néanmoins, voici la traduction suivie de l'explication pour les néophytes :

Tu chambres (à air), tu chambres (à air), mais à la fin tu (passes au) tubeless.

Les pneus tubeless étant comme leur nom l'indique en anglais des pneus sans chambre à air. Cette blague marquant la lassitude des pratiquant-e-s quant à la récurrence des crevaisons et qui pour en finir passent à des pneus tubeless. Ces derniers contiennent un liquide préventif qui pare à la plupart des crevaisons par percement. De plus, ils ne sont pas sujet aux crevaisons par pincement.

Voilà, tout est dit, je vous quitte de suite pour ravaler ma honte dans la solitude.


vendredi 5 mai 2017

Môssieur


Je n'avais jamais acheté Monsieur. C'est un peu par défi que je me suis procuré le numéro d'avril. Vue la couverture et le titre du dossier du mois le vélo c'est chic, 200 ans après son invention, le vélo est le nouveau golf, je sentais bien que je ne collais pas bien avec le cœur de cible du magazine.

J'ai appris que l'image du vélo a profondément évolué : d'un sport populaire, voire ringard, il s'est mué en une pratique ultra-tendance voire élitiste. J'ai d'abord été surpris d'apprendre cette proximité du populaire et du ringard. A ce stade peu avancé de la lecture j'aurais pu m'abstenir d'aller plus avant. D'ailleurs je ne vais pas plus vous décrire le contenu de ce qui n'est rien d'autre qu'un magazine publicitaire payant.

Néanmoins, je risque fort de décevoir les rédact-eurs/rices de Môssieur : l'idée que le vélo devienne une pratique largement et vraiment répandue parmi les classes très aisées est une vaste fumisterie. Le cyclisme demande beaucoup (trop) de temps et la géographie et la météo ne font pas de cadeaux. J'ai beaucoup pensé à Môssieur durant mon brevet de 300 km effectué dimanche dernier. Il a plu de nombreuses heures durant. A chaque fois que je suis entré dans un bar ou une boulangerie les gens avaient clairement un regard de pitié et/où dégoût quant à mon allure et mon odeur de vieux chien mouillé. J'ai eu froid, j'ai parfois momentanément perdu l'usage de mes extrémités (toutes mes extrémités). Et puis, certaines lignes droites que j'ai labouré contre le vent entre Vitré et Ancenis n'avaient rien à voir avec une promenade sur les Champs-Elysées. C'est à bon escient que je parle de "labourer". Le cyclisme est viscéralement une pratique de paysan-ne-s ce qui devrait suffire à en dégoûter beaucoup. Alors, je concède à Môssieur que beaucoup de très riches vont s'acheter un beau vélo en carbone et le lycra assorti mais ce qu'on appelle "cyclisme" implique un investissement autre dont le retour est lent et parfois décevant. Ce n'est pas pour rien que la première double-page de Môssieur est ornée d'une publicité vantant les mérites du dernier coupé sport d'une prestigieuse marque de bagnole. Le vélo : nouveau golf ? Oui, mais à condition d'avoir une belle caisse à glisser sous le porte-vélo. Considérant que les bar-PMUs ne sont pas près de se transformer en club-houses, les cyclistes comme moi vont paisiblement continuer à y trouver une ambiance tout à fait ringarde. A chacun ses valeurs.

mardi 2 mai 2017

Selle brûlante

Attention, les lignes qui suivent comportent des cochoncetés ! On éloigne les marmots. Enfin, on ne s'emballe pas trop, Georges pousse un peu trop vite Eros dans les bras de Thanatos à mon goût.













Un peu après (ayant retrouvé nos bicyclettes), nous pouvions nous offrir l’un à l’autre le spectacle irritant, théoriquement sale, d’un corps nu et chaussé sur la machine. Nous pédalions rapidement, sans rire ni parler, dans l’isolement commun de l’impudeur, de la fatigue, de l’absurdité.
Nous étions morts de fatigue. Au milieu d’une côte Simone s’arrêta, prise de frissons. Nous ruisselions de sueur, et Simone grelottait, claquant des dents. Je lui ôtai alors un bas pour essuyer son corps : il avait une odeur chaude, celle des lits de malade et des lits de débauche. Peu à peu elle revint à un état moins pénible et m’offrit ses lèvres en manière de reconnaissance.
Je gardais les plus grandes inquiétudes. Nous étions encore à dix kilomètres de X… et, dans l’état où nous nous trouvions, il nous fallait à tout prix arriver avant l’aube. Je tenais mal debout, désespérant de voir la fin de cette randonnée dans l’impossible. Le temps depuis lequel nous avions quitté le monde réel, composé de personnes habillées, était si loin qu’il semblait hors de portée. Cette hallucination personnelle se développait cette fois avec la même absence de borne que le cauchemar global de la société humaine, par exemple, avec terre, atmosphère et ciel.
La selle de cuir se collait à nu au cul de Simone qui fatalement se branlait en tournant les jambes. Le pneu arrière disparaissait à mes yeux dans la fente du derrière nu de la cycliste. Le mouvement de rapide rotation de la roue était d’ailleurs assimilable à ma soif, à cette érection qui déjà m’engageait dans l’abîme du cul collé à la selle. Le vent était un peu tombé, une partie du ciel s’étoilait ; il me vint à l’idée que la mort étant la seule issue de mon érection, Simone et moi tués, à l’univers de notre vision personnelle se substitueraient les étoiles pures, réalisant à froid ce qui me paraît le terme de mes débauches, une incandescence géométrique (coïncidence, entre autres, de la vie et de la mort, de l’être et du néant) et parfaitement fulgurante.
Georges Bataille, Histoire de l'œil, 1928.

vendredi 28 avril 2017

Le mal-aimé

Les conséquences de l'indifférence sur la psyché sont trop souvent sous-estimées par notre société. Le désastre guette, j'en tiens pour preuve cette capture d'écran d'un article déchirant dans le journal de ce jour :
Rien n'est écrit dans le marbre béton, l'amour peut soulever des montagnes, je sais que désormais vous allez prouver votre amour à ce pauvre parking de la République ! Plus jamais un seul parking ne doit se sentir mal-aimé ! Tous en cœur avec Cloclo :


mardi 25 avril 2017

Flandres-en-Anjou


Je ne suis pas un ardent défenseur des communes dites nouvelles. Pas de grandes considérations socio-économiques pour étayer mon propos, en réalité ça me déplaît de réapprendre ces noms qui sortent de nulle part. Surtout je les trouve souvent artificiels et dépourvus de la moindre poésie. Pourtant, dimanche, alors que j'écrasais mes pédales comme un forcené pour avancer face au vent, je trouvais que le paysage traversé méritait d'appartenir à une commune que j'aurais baptisé Flandres-en-Anjou. Dans les moments les plus haletants j'ai eu le sentiment d'être embarqué au coeur d'une grande classique flandrienne : vent massif, paysage plat avec parfois de petits "coups de cul" qui cassent les jambes, changements de direction répétés jusqu'à en donner le tournis et même un peu de pavés lors des traversées de village. Et puis, il y avait dans l'air cette nervosité typique des courses d'un jour où la moindre faute d'inattention peut se solder par un gros écart difficile à combler voire une chute. Je ne vais pas pousser plus loin l'analogie parce que je n'ai pas l'âpreté au mal des coureurs, le vélo reste un prétexte pour passer du bon temps entre ami-e-s.

Un des amis en question avait la jouissance temporaire d'une machine artisanale de chez Cyfac. Je ne saurai dire de la machine ou du cycliste lequel était le plus nerveux. Cela ne nous a pas empêché d'user de la dérision à l'évocation du fonctionnement des dérailleurs sans fil. Malgré nos demandes réitérées nous n'avons pu accéder au code wi-fi de la machine afin de geeker sur Yahoo News. Comme ceux d'hier, les artisans d'aujourd'hui savent préserver les secrets !

Petit coup de coeur pour le costume d'Arlequin de la fourche.

En comparaison, mon vélo semble tirer la tronche, comme s'il participait à une procession funèbre. J'ai bien senti quand j'ai pris cette photo qu'il lorgnait de l'autre côté de la barrière conscient qu'un jour il la franchira pour un dernier voyage suivi d'une triste résurrection sous la forme d'une canette de soda gisant sur les rayons sans horizons d'une grande surface.

Ce dimanche de premier tour des présidentielles aurait pu me faire sombrer dans la tristesse et l'amertume mais heureusement, il y a toujours quelque part un drapeau rouge et noir qui flotte, même si c'est dans un vent mauvais. Tant qu'il y a du noir, il y a de l'espoir.

Notre préoccupation fut également de passer le bac. Le nœud n'était pas dans nos estomacs mais sur la corde du bac. Je me suis littéralement jeté à l'eau pour remporter cette épreuve. Elle était froide comme un examinateur mais j'en suis sorti libre de toute angoisse et pas mécontent d'éviter un rattrapage sous la forme d'un demi-tour avec plusieurs kilomètres supplémentaires. Parfaite démonstration que la fainéantise peut pousser à l'action.

Nous avons poussé notre périple jusqu'à Durtal avant de reprendre la direction d'Angers. Rien de spécial à évoquer. Le château est toujours à sa place. Les mauvaises langues diront qu'il ne se passe rien dans cette ville, je les entends s'esclaffer : « C'est le néant Durtal ! ». Je m'insurge. Durtal n'a rien de préhistorique, c'est une bourgade tout à fait moderne.

Sur le retour, la fatigue se fait sentir mais vous constatez que la solidarité et la bonne entente de notre groupe ne faillit pas, même quand il faut affronter la barrière de la lande.

J'évoquais tout à l'heure la pauvreté des noms des communes nouvelles. Un des derniers hameaux traversés m'a cruellement rappelé cet état de fait. Un nom évocateur au possible. La Tartentière ? Bien sûr ! Sucrée ou salée ? Ma préférence va vers la rhubarbe ! Je me vois encore obligé de clore avec un proverbe : Nous ne voulons pas des miettes, nous voulons toute la boulangerie.

samedi 22 avril 2017

Mea minima culpa

Vous êtes plusieurs à m'avoir demandé si je continuais à proposer des ateliers d'apprentissage/découverte de la mécanique vélo et si j'allais bientôt en programmer. Alors, oui c'est toujours à l'ordre du jour ! Le hic, c'est que suis déjà engagé dans un cycle de formation assez conséquent avec des éducat-eurs/rices de prévention spécialisée ainsi que des habitants du quartier de Belle-Beille. Leur but est de proposer un atelier d'entretien/réparation vélo à l'attention des jeunes du quartier : échanger des savoirs et pratiques et échanger tout court. De fait, le cycle de formation que j'ai concocté est assez conséquent. La vie de l'atelier étant par nature chronophage et cette formation se déroulant en plus de mon temps de travail je sature un peu. Ceci explique pourquoi je n'ai pas proposé d'atelier de mécanique en ce début d'année. Mea (minima) culpa. Patience, dès que les éducs et habitant-e-s seront passé-e-s maîtres du dérive-chaîne et de la clé à rayon je proposerai de nouveau des moments d'échanges !

Photo bonus : une partie des futur-e-s as de la mécanique de Belle-Beille en action !

jeudi 20 avril 2017

Anti bling-bling

Two boys with bikes they made from parts they scavenged, Brooklyn, 1978-1980, Martha Cooper.

Où quand un peu de beauté sort d'un monceau de chaos.

Plus de photos et de contexte ici.