dimanche 26 février 2017

Pattes de dérailleur : ne pas ne faire un plat


Il y a une réparation que j'aime effectuer mais qui se présente de plus en plus rarement. Il s'agit de restaurer les pattes de dérailleur dont le filetage a été arraché. Désormais, ces pattes sont facilement disponibles pour un coût modeste, en conséquence je me contente fréquemment de les changer. A ce propos, j'entends régulièrement des plaintes quant à la faiblesse supposée de ces pattes qui cèdent si facilement. Cette récrimination n'a pas lieu d'être puisque c'est la fonction même de cet élément : rompre sous la contrainte afin de protéger le cadre d'une casse bien plus catastrophique. La patte de dérailleur est à la mécanique-vélo ce que le fusible est à l'électricité.

Il arrive parfois qu'il ne soit pas possible de réparer le filetage d'une de ces pattes. Soit parce que partie prenante du cadre et donc inamovible (c'est souvent le cas sur les vélos anciens en acier), soit tout simplement parce que celle-ci n'est pas au disponible au catalogue. Ce cas de figure n'est heureusement pas sans solution. Voici en image comment procéder.

Après démontage de la patte, vous constatez que, sous le choc, le dérailleur a arraché les filets. Un peu à l'image des filets de sole qui disparaissent comme par magie dans ventre de votre tonton amateur de bonne chère. 


Laisse Blake et Mortimer sur l'étagère,
Black et Decker sont sur l'affaire.
Probablement la meilleure punchline de ma carrière avortée de rappeur sous le nom de DJ C. Jérôme Bosch.

Un coup de foret de 10 mm pour rester centré, suivi d'un passage avec celui de 12 mm. C'est deux-ci sont copeaux comme cochon et le résultat est aussi lisse que le crâne du tonton susnomm.

Quant à ces deux-là, il eut été préférable qu'ils ne se connaissent jamais, mais il vont être unis pour un bon moment, c'est écrit dans les lignes de ma main.

Je vous déclare unis par les liens du sertissage.

La patte sagement lovée dans son berceau entre la base et le hauban retrouve la présence rassurante du dérailleur. En l'occurrence, il aura aussi fallu meuler l'insert pour que la chaîne ne vienne pas le lécher.

Le Look KG196 retrouve sa superbe. Je comprends parfaitement qu'on puisse ne pas aimer son côté outrageusement tapageur. Il ne s'appelle pas Look pour rien. Toujours prêt à monter faire le beau sur le bar, rien ne l'arrête (surtout pas ses freins Campagnolo Delta) mais, malgré son impressionnante musculature c'est désormais une vénérable pièce de collection à traiter avec égards. Ce fut un plaisir (mâtiné d'un peu de stress) que de le rendre à l'asphalte.

mercredi 22 février 2017

Vipère au poing


L'année passée j'ai lu « Vipère au poing » d'Hervé Bazin. Si j'étais présomptueux, je dirai que je l'ai relu. Cette œuvre fait partie des obligations scolaires de ma génération. Rétrospectivement, j'ai pris conscience que ce que j'avais lu n'était qu'une version édulcorée afin d'épargner mon âme innocente et n'y imprimer que les passages moralement décents. L'âge des crottes de nez qui pendent étant révolus depuis fort longtemps et après deux décennies de vie angevine, je ne pouvais faire l'impasse sur ce monument du patrimoine littéraire local. En effet, le plus clair de l'histoire se déroule dans le segréen, à quelques dizaines de kilomètres au nord-ouest d'Angers. Les lieux ont certes été renommés mais le camouflage n'est pas bien épais il est aisé de retrouver les lieux des sévices. Tels des badauds attirés par un fait divers crapuleux, nous voilà partis à la recherche de la propriété où Folcoche terrorisa sa progéniture. Hélas, après deux heures de pédalage, près de toucher au but nous voilà stoppés net par un chien de ferme outrageusement territorial qui nous terrorisa à notre tour. Nous avons préféré rebrousser chemin et protéger nos arrière-trains. Je n'ai donc pas d'image à vous soumettre du but de notre échappée. Je reconnais que pour vous appâter, c'est maigre. Plus maigre même que le chien qui nous a fait fuir.

Ce qui me console, c'est que le matin nous avions rendez-vous sur la rive droite de la Maine.
Ce simple fait m'autorise à vous servir ce qui me semble le meilleur extrait du bouquin. Quelques lignes qui ne figuraient pas dans la version qu'on m'a donné à lire enfant. Il est de coutume de dire : qui aime bien châtie bien. C'est souvent vrai, néanmoins, par un évident retour du bâton, Bazin aime surtout châtier. J'avoue prendre plaisir à le lire punir la ville que j'aime tant tout en étant trop rarement celle que j'aimerai. 
Cela n'a rien à voir avec le vélo ? Pourtant c'est bien la lecture de ce livre qui a motivé notre sortie, non ?

samedi 18 février 2017

Sur la route


En 1982, le groupe pétrolier Elf compte parmi les sponsors de l'équipe emmenée par Bernard Hinault sur le Tour de France. Ce soutien peut surprendre de prime abord, mais à y bien réfléchir, un Tour et sa caravane compte plus de bagnoles, de motos, de camions et d'hélicoptères que de bécanes actionnées à l'huile de genoux. A cette époque Harry Gruyaert travaille pour Elf. Il se voit proposer de suivre l'épreuve inconfortablement installé à l'arrière d'une moto. Durant cette semaine agitée il va immortaliser la course mais surtout ses abords et ses aléas. Harry Gruyaert n'est pas un photographe du sport, il jette un œil amusé tout autour de lui et il y a effectivement de quoi sourire. C'est un France populaire, détendue et le plus souvent hilare que nous dépeint Gruyaert. Un public tellement à la coule qu'on se sent bien souvent que le passage du peloton n'est qu'un vague prétexte pour se rencontrer, pique-niquer, trinquer, siester. La vie au grand air, à l'abri d'un bob et d'un parasol pour siroter des bières douteuses. Les photos bien évidemment argentiques font honneur à la multitude des couleurs qui égayent les maillots des coureurs et les vêtements des spectat-eurs/rices.
La série que j'ai en main fait partie d'un recueil intitulé « Sur la route » qui regroupe le travail de cinq photographes de l'agence Magnum photos : Martin Parr, Dennis Stock, Larry Towel, Harry Gruyaert et Inge Morath. Le reste de l'ouvrage, édité par Reporters Sans Frontières, fait la part belle à la bagnole et à la moto. La série de Gruyaert compte d'autres clichés que ceux présentés dans ce recueil, une petite recherche dans les méandres du net suffira à étancher votre soif.

Sur la route, Reporters Sans Frontières, juin 2016.

mercredi 15 février 2017

Tambora bien qui rira le dernier

Je viens de terminer L'année sans été, un livre d'histoire qui décrit les conséquences mondiale de l'éruption du Tambora en 1816. Moins connu que le Krakatoa, le Tambora aura eu des conséquences nettement plus catastophiques pour l'équilibre climatique mondial. Ce livre connecte des faits épars et dresse un tableau pour le moins sombre des années, voire des décennies qui ont suivi. Cet ouvrage très étayé croise climatologie, histoire sociale, littérature, peinture et histoire des techniques. Voici un extrait de la conclusion du livre :

Bien à l'abri dans notre monde développé grâce aux progrès des transports et des infrastructures alimentaires, nous avons un peu de mal à nous imaginer ce que pouvaient être les conséquences d'une hécatombe animale dans un monde préindustriel. Le climat froid et la pénurie de céréales en Europe au moment de la crise climatique des années 1816-1818 ont provoqué des pertes sans précédent en bétail et la disparition d'une quantité considérable de chevaux. La destruction partielle du système de transport européen préindustriel a amené un jeune noble allemand, Karl von Drais, à chercher des modes de locomotion alternatifs. D'où le "vélocipède", un prototype grossier de la bicyclette moderne.

Cet instantané de la période du Tambora nous apprend trois choses. En premier lieu, le fait qu'on ne trouvera presque rien dans ce livre sur l'histoire, peut-être définitivement impossible à faire, de l'impact du Tambora sur le monde animal et les populations biotiques. Ensuite que les effets qui suivent une crise écologique de l'ampleur de celle du Tambora durent plusieurs décennies (une bicyclette produite en masse et commercialisée ne verra le jour que dans les années 1890). Et, enfin, que les conséquences à long terme de cette gigantesque perturbation du climat n'affectent pas seulement le monde physique - à travers les souffrances des hommes et des animaux -, mais aussi le monde des idées et de la technologie, puissamment stimulé par des bouleversements environnementaux brutaux.

Je conseille vivement la lecture de cet ouvrage, en particuliers à celles et ceux qui pensent que le réchauffement climatique actuel n'impliquera que quelques changements mineurs au sein de notre garde-robe. Un livre inquiétant mais mobilisateur.

Gillen D'Arcy Wood, L'Année sans été, Tambora, 1816, Le volcan qui a changé le cours de l'histoire, trad. Philippe Pignarre, La Découverte, 2016

lundi 13 février 2017

Querelle des anciens et des modernes

Le passé, le présent et le futur se sont croisés furtivement sur une petite route de l'Anjou. Même si le passé a fait montre de souplesse et s'est prêté au jeu de la photo, j'affirme au présent que le futur ne peut pas être incorporé à des lasagnes de boeuf. Le futur est résilient comme l'acier, fin comme l'aluminium et léger comme le carbone.

jeudi 9 février 2017

Vaurien !

Mon cher facteur m'a remis en mains propres (je n'avais pas encore entamé ma journée de réparations) cet avis de contravention pour mon "inobservation" d'un feu rouge à vélo.

Je regrette amèrement de ne pas être un cador en informatique et/ou vidéo parce que je vous pondrai une superbe animation 3D avec une musique épique digne d'un péplum. Un truc chiadé qui file la chair de poule rien qu'à imaginer les risques que j'ai pris à vélo pour sauver ma peau même s'il me faut enfreindre la loi pour ce faire. En effet, comme beaucoup de cyclistes, pour gagner en sécurité j'enfreins quotidiennement le mal nommé "code de la route" qui mériterait d'être rebaptisé "code de la voiture".

Le feu que j'ai "omis" est situé en côte sur le boulevard Carnot. Le boulevard est sur trois voies. Les vélos sont cantonnés à droite dans la voie de bus. Voici une capture d'écran de la scène de crime volée à Google (bien fait, vu toutes les données qu'il me vole et puis, tant qu'à enfreindre les lois, autant y aller à fond) pour essayer d'expliciter la chose.
Le feu "inobservé" est à la première croix. La seconde représente la destination prévue avant ma rencontre avec les forces de l'ordre. Il y a bien un petit délai imparti aux vélos pour partir avant les bagnoles mais si, comme moi ce jour là, vous allez en direction du quartier Savary vous devez péter un KOM sur Strava pour espérer ne pas finir collé sous une calandre. Même en le cramant allégrement comme je l'ai fais, je garanti que votre coeur va battre la chamade. Il s'agit de traverser plusieurs voies entouré de tas de ferraille rugissants. Je déconseille l'exercice aux néophytes.

J'ai mesuré un risque pour éviter de me mettre en danger. Relisez bien, ça n'a rien de contradictoire, c'est le quotidien de la plupart des cyclistes en ville. Ce désagrément m'a rappelé que tout a un coût. Et que parfois le "coût de la vie" est une expression à prendre au pied de la lettre. Ce jour là, ma vie valait 135€, avec une aimable remise à 90€ si je paie rapidement. Même si mon amour-propre n'est pas très exacerbé, je n'aime pas être déprécié aussi facilement. Cela me renvoit à ma condition de "vaurien". Tiens, encore un mot à prendre au pied de la lettre.

mardi 7 février 2017

Une vraie boucherie

De manière récurrente le mois de février se distingue par le peu de réparations à effectuer. C'est donc une période un peu tendue financièrement où je repousse mes velléités d'OPA agressives sur les marques de vélos les plus prestigieuses. Vous comprendrez que ce n'est pas une saison où je me berce d'insouciance. A tel point que mon activité professionnelle s'immisce jusque dans la ouate de mon sommeil. Voici le souvenir de mon dernier rêve.

J'entre dans un magasin qui se présente comme un primeur. J'ai sous les yeux quantité de fruits et légumes. Pourtant, je m'adresse au vendeur installé derrière un haut comptoir pour lui commander des câbles et de la gaine de frein. Le vendeur est accoutré en boucher avec un épais tablier blanc et le calot assorti. Surtout, et cela ne semble pas m'émouvoir, mon interlocuteur n'est autre que Bernard Hinault. Celui-ci me propose de lubrifier les câbles, ce à quoi je m'empresse de répondre par la négative en essayant de lui faire comprendre que je suis du métier. Il accède à ma requête mais ne semble guère convaincu.

Que peut signifier tout ceci ? Le câble symbolise-t-il ce maudit mois de février qui met un "frein" à mon activité ? Et pourquoi Bernard Hinault ? Il est loin d'être mon coureur préféré. Son légendaire caractère de cochon et sa mine renfrognée me poussent à en faire une figure tutélaire, le représentant indiscutable de ma profession avec laquelle on ne transige pas lorsqu'il s'agit de bien faire. Et pourquoi cette tenue de boucher ? Suis-je la victime expiatoire sacrifiée sur l'autel de la mécanique ?

J'en ai mal à la tête. Je vais de ce pas m'allonger sur mon divan pour entamer une sieste réparatrice. Février me fatigue, vivement le printemps.




ps : les plus alertes de mes lect-eurs/rices (ils/elles sont assez peu) auront noté le peu de rapport direct entre le tableau employé (L'Odalisque brune, env. 1749) comme illustration et mon propos. Néanmoins cet usage est tout à fait justifié parce que ce tableau est l'oeuvre du peintre Boucher. D'un point de vue psychanalytique ça se justifie parfaitement, non ? Qui plus est, vous n'êtes pas sans savoir qu'une paire de fesses rebondies implique un trafic considérable sur internet. Permettez-moi de faire d'une pierre deux coups.

samedi 4 février 2017

Come as you are

Un compagnon d'échappée propose une sortie pour re-mettre en selle celles et ceux d'entre-vous qui n'osent passer à l'action. La date est encore un peu éloignée, vous ne pourrez pas invoquer le manque de temps pour vous défiler :

Initiation aux choses cyclistes
Le cyclisme est une affaire sérieuse, qu'on se le dise. La pratique cycliste a ses codes. Des codes dont le quidam ne mesure parfois pas la substantifique moëlle. Dans ce sens, c'est à toi l'amateur-trice, le curieux-se des moeurs cyclistes, que cette sortie s'adresse. Pour débuter ton apprentissage, nous éviterons les déclivités, autant que possible. Nous roulerons plus ou moins cinquante kilomètres. Rassure-toi, tes pneus ne sortiront pas du ruban de bitume. Ta première leçon te permettra de saisir le sens de l'expression "la chasse à la canette". La seconde te brûlera assurément les cuisses. Car si nous roulerons principalement en père peinard, tu auras l'occasion de découvrir la morale toute particulière de "la course aux pancartes". Alors : motivé-e ? Si oui, pour ces deux premières leçons nous ferons fi de tes habits, viens comme tu es. Concernant la chose principale : ton vélo, tu veilleras à ce qu'il ne te mette ni en difficulté, ni en danger.


Rendez-vous dimanche 9 avril, 9h00, 21 rue Maillé.


Crédit iconographique : Théodore Géricault, Le radeau de La Méduse.

jeudi 2 février 2017

Ave Caesar

Le panneau détourné ci-dessous représente pour moi un summum d'humour grinçant. Cela fait plusieurs semaine que je me dis qu'il me faut immortaliser cette injonction pas forcément très claire de prime abord :

Piétons tr(é)passez en face.

Le panneau en question se trouve aux abords d'un chantier rue Larévellière. Et "en face" il n'y a rien de moins que le cimetière de l'est.

Ave Caesar, morituri te salutant.

lundi 30 janvier 2017

Vie d'ordure

Pimpant malgré une courte nuit, j'en suis à mon second café. J'ai de l'avance au rendez-vous et mon anxiété est au plus bas puisqu'à travers la vitrine je peux surveiller du coin de l'œil ce qui en est ma prunelle. Mon téléphone vibre d'un nouveau message :
-T'as tes crampons ?
Je me sens pris en traître, moi qui avait prévu de vagabonder bon train sur mon territoire de prédilction : la Route.
-Heu, on avait dit "routes et communales", non ?
-Non, "chemins et communales"...
Après vérification, j'avais compris ce que j'avais envie de lire. Branle-bas de combat mais pas de panique j'ai ce qu'il faut dans l'écurie.
A l'heure dite me revoilà, un peu plus échevelé.

J'ai rendez-vous avec un homme aux identités multiples : mon poulain, celui qui fracasse des sangliers et autres surnoms. Vu l'autocollant sur son cadre, ce sera Maître Coq pour aujourd'hui.

Le tour et la tour n'auront rien d'infernal : bon tempo, jambes légères, le soleil darde ses rayons, comme dans un rêve.

Néanmoins certaines négociations sont tendues et à plusieurs reprises nous avons failli rester au fond de l'ornière. Il nous aura fallu un certain talent pour en sortir par le haut.

Le talent est souvent accompagné d'une certaine forme de classe même si les chaussettes jacquard sont peut-être (à vélo) la marque d'une classe informe.

Et puis j'assume totalement mon côté bou(s)eux. Plutôt que d'attendre dans la crainte d'être publiquement traîné dans la boue, je m'y prélasse régulièrement comme un pourceau quitte à être bien bourrée (ma bicyclette). Et tant qu'à finir six pieds sous terre autant savoir quel goût elle a.

J'espère tenir encore un peu éloignée cette dernière perspective. Mon moteur n'est pas explosé.

Vie d'ordure ?

Je ne me laisse pas aller à un tel pessimisme. Si la boucle est bouclée, le grand cycle de lavis recommence.

mercredi 25 janvier 2017

Bicycle Quaterly


Ma première commande de pneus Compass était agréablement accompagnée d'un exemplaire de la revue Bicycle Quaterly. Jan Heine le rédacteur en chef est en effet à l'origine de la marque Compass. C'est surtout un ardent défenseur d'une certaine conception de la pratique cyclotouristique au croisement du sport et du voyage. Le vélo comme outil qui élargi le champ des possibles : pouvoir rouler loin, longtemps, (assez) vite, confortablement sans craindre les intempéries, la nuit ou la mauvaise qualité des routes et chemins parcourus. Une gageure et une niche commerciale qui n'intéresse que dans une faible mesure les mastodontes du cycle.

Bicycle Quaterly se présente comme une revue en couleur de facture classique. La maquette est sobre, certain-e-s diront spartiate, et met l'accent sur la lisibilité. Les photos sont nombreuses, de qualité et fort à-propos. Néanmoins, le qualificatif (positif) de fanzine me semble plus adéquat pour décrire Bicycle Quaterly tant la signature de Jan Heine est omniprésente : compte-rendu de randonnées, essais techniques, articles historiques. Qui plus est, comme pour tout bon fanzine, Bicycle Quaterly transpire la passion et l'engagement. Même si les avis et opinions de l'auteur sont étayées le côté tranché rend le propos vivant, en particulier lorsqu'il s'agit d'essais de vélos. Dans cet exercice périlleux mais obligé, trop souvent les journalistes de la presse spécialisée se montrent timoré-e-s à exposer clairement leurs opinions par peur d'éventuelles représailles publicitaires. Ce n'est clairement pas le cas ici, qu'on se le dise.

Une bonne partie du contenu de cette édition tourne autour d'un voyage de Jan Heine au Japon. Il s'est ainsi aligné avec son vélo de route "enduro" sur une course normalement réservée au vététés (cf. couverture ci-dessus). Une belle occasion de mettre son matériel à rude épreuve et de se rappeler que ce n'est pas pour rien qu'a été inventé le cousin aux pneus très joufflus... Belle leçon d'humilité au milieu de paysages montagneux à couper le souffle. Un autre article rédigé par Natsuko Hirose décrit une virée cyclotouristique dans la campagne japonaise. Le tempo est plus tranquille entre petits villages de pêcheurs, rizières et collines qui surplombent la mer. Le tout dans une lumière printanière indescriptible.

L'épopée japonaise est aussi l'occasion d'une visite commentée de l'usine Panaracer. Logique : Compass ne dispose pas de son propre outil industriel. La marque sous-traite donc la fabrication des pneus à l'expérimentée Panaracer. Il est surprenant de constater que beaucoup de manipulations sont effectuées pas des ouvrier-e-s et que la mécanisation n'est pas aussi prégnantes que dans d'autres compagnies.

Bicycle Quaterly c'est aussi une revue qui exhume régulièrement des pans entiers de l'histoire de l'artisanat français du cycle. Jan Heine est le spécialiste de cette période faste qui démarre dans les années 30 et qui se termine dans les années 70 avec la crise pétrolière et la massification/délocalisation de l'industrie du vélo. Ce numéro ne fait pas exception à la règle et consacre quelques pages à un couple de passionnés du cyclotourisme : Madeleine et Daniel Provot.

Près de 100 pages bien remplies ! Je m'arrête là, je ne vais pas tout vous relater de peur de vous gâcher le plaisir !

Bicycle Quaterly, n°58, hiver 2016.

vendredi 20 janvier 2017

Comme dans une chanson

La plume de Paul Fournel n'est jamais autant à son aise que lorsqu'il s'agit de vélo, sans plus d'à-coups que le coureur ici décrit :

Avec un gros quart d'heure de décalage, il était sûr d'avoir monté l'Alpe-d'Huez aussi vite que le vainqueur : 42 x 22, 42 x 23, les mains en haut du guidon, il était monté comme dans une chanson. Un seul sourire. La brise lui soufflait dans le dos, le soleil n'était pas trop chaud, chaque rampe, en sortie de virage, était une invitation à bondir, il se régalait du paysage, regardait l'architecture des chalets pour s'en faire bâtir un, s'amusait de la dégaine des spectateurs, comptait les rangs de têtes et se prenait d'un amour inouï pour la côte. Le revêtement rendait bien, les boyaux sifflaient juste, il passait en danseuse sans à-coups... Tout chantait et il aimait tellement son métier.

Des athlètes dans leur tête, Paul Fournel, 1988.

mardi 17 janvier 2017

Langue vivante


Un client vient glaner quelques conseils techniques. Je vous passe la teneur générale de notre conversation pour vous rapporter uniquement son entame :

-Bonjour, je viens de faire un "selfie" et je voudrais changer quelques petites choses.

Rompu au massacre orthographique incessant du champ lexical cycliste, je fais immédiatement la conversion (j'emploie ce terme en connaissance de cause) qui s'impose : selfie = abus d'anglicisme = mode du fixed gear = pignon fixe = fixie ! Mais c'est bien sûr, par selfie il faut entendre fixie !

La langue française, souvent plus généreuse que nombre des habitant-e-s qui la pratique lorsqu'il s'agit d'accueillir des éléments étrangers, m'invite à proposer une définition adéquat ce nouveau terme.

Un selfie est donc à compter de ce jour : vélo à pignon fixe monté par les soins de son propriétaire et qui sera accessoirement pris en photo par ce dernier. Exemple : "Dans la vie on ne fait pas ce qu'on veut mais on est responsable de son selfie." Jean-Paul-Sartre.

dimanche 15 janvier 2017

Pique et pique et...

Instagram. J'ai longtemps tergiversé mais j'ai ouvert un compte Instagram pour l'atelier. Il fut un temps où avoir blog vous plaçait d'emblée au coeur de l'élite numérique. Ce temps est révolu. Désormais, à défaut d'être sociable il faut être "social". Mon choix a failli se porter sur Twitter mais visiblement la communauté cycliste y est moins active. Vous pouvez donc désormais aussi suivre la vie de l'atelier à cette adresse :
instagram.com/atelierlatetedansleguidon/
Je vous prie d'excuser par avance mes balbutiements, je ne connais pas encore tous les usages à respecter.
Le blog ne devrait pas pâtir de ce nouvel espace d'expression, d'autant que j'y suis très attaché depuis le temps, même si je regrette d'offrir tant de données à Google (et maintenant à Facebook le propriétaire d'Intagram).
Enfin, je profite du calme hivernal pour entamer une refonte du site internet de La Tête dans le Guidon. Vieux de presque 8 ans, il est en décalage avec la réalité. Une version adéquate est en cours de réalisation. A bientôt donc !

jeudi 12 janvier 2017

Compass : les toiles filantes !

L'atelier est désormais distributeur de la marque de pneus Compass pour le Maine-et-Loire. Compass c'est une forme d'optimisation des performances : rendement élevé, confort et tenue de route. Le temps des pressions démoniaques et des pneus larges comme des fils à couper le beurre est clairement révolu. Mettez vous dans le crâne (et sur vos jantes) que de bons pneus de section plus larges ne diminuent nullement le rendement. Les pneus Compass sont disponibles en deux versions : standard et extra-light. La version standard offre une plus grande protection des flancs, la version extra-light réduit encore plus la résistance à l'avancement. Ce sont des pneus parfaits pour la randonnée mais aussi (surtout ?) le "gravel" ('tain qu'il est laid ce mot).

Pour la première commande je n'ai selectionné que des pneus aux flancs bruns, néanmoins tous sont disponibles en noir. J'ai en stock :
-Chinook Pass, 700*28C standard : 62€ l'unité.
-Stampede Pass, 700*32C extra-light (bientôt en stock en standard): 82€ l'unité.
-Barlow Pass, 700*39C extra-light (bientôt en stock en standard) : 84€ l'unité.
-Babyshoepass Pass, 650*42B, standard : 64€ l'unité.
-Naches Pass, 26"*44 standard : 64€ l'unité.

Si vous désirez une autre référence n'hésitez pas à passer commande. Le distributeur 2-11 Cycles est très réactif. Tant que j'y suis, il s'agit aussi du distributeur des dynamos sur jante Velogical... A bon entendeur.

mardi 10 janvier 2017

Distance canonique

Le record de l'heure de Robert Marchand est hallucinant, mais c'est le personnel de Google News qui semble avoit abusé de drogue lorsqu'il s'agit de faire le compte de la distance parcourue.

Merci G. !

vendredi 6 janvier 2017

Hippothétique

C'est L. qui a porté à ma connaissance cette fresque saumuroise réalisée à l'occasion du passage du Tour de France l'été dernier. Aveuglée par sa passion pour les bourrins, elle n'a d'yeux que pour la vieille carne qui chevauche la plus plus grande conquête de l'humanité. L'erreur est humaine.
Je saute sur l'occasion pour remettre un lien vers l'hymne pédalant saumurois, chaque écoute m'amène à la transe !

jeudi 5 janvier 2017

Singes contre Populo

L'histoire du vélo en tant qu'artisanat et industrie n'est souvent abordée que sous l'angle technique avec une litanie d'améliorations : pneu, roue-libre, dérailleur, etc. C'est fort intéressant mais j'attends toujours qu'un historien-ne se coltine une histoire sociale du vélo. Il y a, je crois, de quoi faire, j'en veux pour preuve cet extrait du journal Père Peinard. Je vous laisse apprécier la verve d'Emile Pouget qui rapporte ici le conflit qui oppose les "singes" des célèbres cycles Gladiator et Clément au "populo" qui triment dans les ateliers. C'est l'occasion de redécouvrir que le chantage à la délocalisation n'est pas une nouveauté et que le machinisme augmente la productivité plutôt qu'il ne fait baisser le temps de travail. Un extrait donc très moderne d'un journal du 28 mars 1897.
Un grand merci aux animateurs du blog Mouvement révolutionnaire angevin qui me font profiter de leur travail de recherche.

ps : Pour faciliter la lecture, il vous faudra probablement enregistrer le document au préalable.

mardi 3 janvier 2017

Les petits vélos


Imaginez un atelier de réparation vélos situé en haut d'une colline, au milieu de nulle-part. Imaginez que cet atelier est tenu par une loutre nommée Véloutre qui exerce ses talents au milieu d'une ménagerie pour le moins hétéroclite : lémurien mangaka, écureuils de la boulangerie "Shimano", tapir représentant en futons, brebis pizzaiola ex-championne cycliste, chat coursier chez "Chat-va vite".

Bienvenue dans le petit monde du manga Les petits vélos.

Cette bédé s'adresse aux enfants et aux jeunes adolescents : l'humour est primesautier, le second degré plutôt rare (mais pas absent chez le traducteur qui s'est autorisé à affubler le tapir du prénom de Bernard), le dessin est à l'avenant, c'est à dire mignon tout plein et tout en rondeurs. Les deux tomes enchaînent les historiettes de quelques pages. Il n'y a pas de trame sur la longueur, la seule visée du manga réside dans la volonté de vulgariser la culture vélo. Tout y passe : le Tour, le processus de fabrication d'un vélo artisanal, la diététique, comment gérer son effort, comment mettre son vélo dans le train, les ancêtres du vélo, la vie des coursier/ère-s, comment affronter les intempéries, etc. C'est très didactique à tel point que cela évoque une mise en image des pages Wikipedia consacrée à la petite reine. Présenté ainsi, j'ai conscience que cela ne rend pas cet ouvrage très alléchant. Mais, mon regard d'adulte saturé de culture vélo et rompu à la mécanique n'est pas le plus approprié pour lui rendre justice. Pour faire la balance, j'ai questionné une jeune lectrice qui a montré un enthousiasme évident. De mémoire, elle m'a resservi quelques extraits ponctués de grands éclats de rire. Un plébiscite ! Je suppose donc que sa culture cycliste s'est étoffé naturellement sans qu'elle n'y prête vraiment attention.
Je conseille donc cette lecture à deux publics. En premier lieu évidemment à tous les enfants et sans aucun critère d'exclusion. Je prescris également ce manga aux adultes stressé-e-s qui, à l'occasion d'un vol long-courrier, voudraient se vider l'esprit mais qui sont malheureusement allergiques aux comédies de remariage qui y tournent en boucle en vue d'anesthésier l'angoisse du crash. Je me suis (facilement) mis dans la peau des seconds et ai passé un moment "kawai" tout à fait exempt d'idées noires. 
Les petits vélos, Keiko Koyama, traduction Fabien Nathan, Komikku éditions, 2016.

dimanche 1 janvier 2017

Granit hic !

Virée digeste sur la côte de granit rosse.

Chaotique.

Même si pas besoin d'e.

 Souvent de guingois. Toujours debout.

Ah, c'est trop d'la balle ce coin.

Croûte ou croûtons avec la soupe ?

La fin du monde au bout de l'année ? Tout au contraire.

mercredi 28 décembre 2016

Encyclopédie de l'Inutile




Entre deux dindes, autant d'indigestions et beaucoup plus de blagues lourdes du tonton relou, La Tête dans le Guidon est heureuse de vous présenter une bouffée d'oxygène sous la forme d'un quizz. Ces questions ont été l'objet d'une soirée (digne d'une réception d'ambassadeur) et avaient pour support un "slide" que je ne peux techniquement pas mettre sur ce blog et dont je n'ai pas la dernière version. En conséquence, le voici remanié avec quelques modifications, ainsi certaines images qui contenaient trop d'indices ont été écartées. De plus notre présentation digne des plus grands comiques troupiers ne peut être retranscrite ici, le quizz y perd un peu de sa saveur même si l'autosatisfaction reste de mise.

Le thème du quizz ? L'activité des sponsors des équipes professionnelles de cyclisme d'il y a longtemps à nos jours. Quand une équipe comporte plusieurs sponsors dans son nom, c'est celui qui est souligné dont vous devez trouver l'activité. Tout est vrai et en quelques clics vous retrouverez aisément les sources (merci d'ailleurs Mémoire du cyclisme). Les réponses se situent en bas de page. Amusez-vous bien.


A : Seven-Eleven
1 - Le "Carrefour Market" des States
2 - Le nom de la matinale radio de CBS
3 - Une chaîne de fast-food

B : Le Groupement
1 - Un groupement d'achat pour professionnels de la peinture
2 - Un groupement de marketeux aux méthodes sectaires
3 - Un groupement d'associations de défense des daltoniens

C : Amore e Vita
1 - Un bonbon italien au gingembre (le fabricant a depuis été racheté par un industriel polonais, puis par un oligarque russe
2 - Une association qui lutte contre l'IVG
3 - Juste une appelation comme ça car l'équipe est tout d'abord soutenue financièrement par le Vatican

D : UNCP
1 - Union Nationale des Chauffagistes-Plaquiste
2 - Union Nationale des Cyclistes Professionnels
3 - Union Nationale de Coureurs Polonais

E : Rock Racing
1 - Une marque de jeans
2 - L'équipe créée par le leader des Queens of the Stone Age
3 - Une chaîne de pharmacies californiennes spécialisée dans la weed

F : Faema
1 - Une marque de machines à expresso
2 - Une chaîne de baraques à frites à Bruxelles
3 - Une marque de cigarettes vendues en Belgique

 G : Saeco
1 - Une marque de machines à café
2 - Le lobby des producteurs de pastrami et salami
3 - Des compléments alimentaires vegan

H : ADR-MiniFlat-Enerday (1988)
1 - une marque de rustines
2 - un fabricant de vérandas
3 - de la phytothérapie digestive

I : La William-Duvel (1992)
1 - un groupement d'arboriculteurs
2 - une entreprise belge de sauces (depuis 1963)
3 - un fabricant de charcuterie qui plus tard s'unira à Saurin

J : Chazal-Vanille et Mûre-Vetta (1992)
1 - des produits de beauté au nom tarte
2 - un réseau d'agence de rencontres pour les seniors
3 - des yaourts et des glaces précurseurs du bio

K : Duck Head-Giordana (1993)
1 - Un fournisseur anglais de matériel d'élevage avicole
2 - Une marque américaine de fringues et chaussures
3 - Un fabricant gallois de matériel de chasse

L : Collstrop-Lystex (1995)
1 - de la phytothérapie digestive (les coureurs sont très dérangés)
2 - des produits dérivés du bois tels que parquets et jardinières
3 - un consortium autrichien d'armement

M : Schwinn-Icy-Hot (1986)
1 - une crème analgésique extra-puissante
2 - une sauce tex-mex à base d'avocats et de piments
3 - un catalogue de littérature et d'accessoires coquins

N : Refin-Mobilvetta (1997)
1 - des huiles aéronautiques
2 - de la vente de vêtements à domicile
3 - un constructeur de camping-cars

O : CantinaTollo-Alexia Alluminio (1999)
1 - Une entreprise agro-alimentaire devenu filiale de Sodhexo
2 - Un négociant en vins
3 - Un sous-traitant de Fiat

P : RAGT Semences-MG Rover (2004) est l'acronyme de
1 - Roubaix Aube Garonne Tourcoing Semences
2 - Rio Alta Granada Til Semences
3 - Rouen Auvergne Gévaudan Tarnais Semences

Q : Predictor-Lotto (2007)
1- Des tests de grossesse
2 - Un site de voyance
3 - Une chaîne météo

R : Astana (depuis 2008)
1 - Un groupe de compagnies pétrolières
2 - De la margarine
3 - Des monte-escaliers

S : Giant-Alpecin
1 - Le nom commercial du groupe Charal en dehors des frontières françaises
2 - Une marque autrichienne de fixations de ski
3 - Les produits capillaires à base de café du Dr Wolff (depuis 1905)

T : Pony Malta-Avianca (1989)
1 - Des compléments alimentaires pour les équidés
2 - Une chaîne d'hôtels low-cost basée à Malte
3 -Une boisson gazeuse sans alcool colombienne à base de malt

U : Banana-Falcon (1990)
1 - Une campagne de promotion : « The energy fruit »
2 - Une marque de sous-vêtements
3 - Une agence de publicité

V : Magicrème
1 - Une émulsion anti-âge
2 - Une marque et une équipe fictives
3 - Des cirages et produits d'entretien pour les chaussures





Réponses :
A1, B2, C3, D2, E1, F1, G1, H2, I2, J1, K2, L2, M1, N3, O2, P3, Q1, R1, S3, T3, U1, V2